L’horizon est un regard regardé Pierre Restany, presentazione Galerie Denise René, 1977. Pour Filippo Marignoli l’horizon est une chose conditionnelle ou, si l’ont veut, conditionnée par l’idée d’une idée. Si, comme cela est généralement admis la ligne d’horizon signifie la fin immédiate du regard, le peintre objective cet instant, cette situation-limite, en nous donnant à voir ‘son’ coup d’œil sur la fin du regard. A vrai dire, il s’agit là d’une véritable complicité que l’artiste tend à instaurer comme base du dialogue visuel avec les autres. Nous sommes invités à jeter notre regard sur ces regards regardés. Notre œil débouche ainsi en troisième position sur des découpages spatiaux en aplombs décalés, où l’immense masse verte de la terre semble vouloir manger le ciel bleu en le repoussant vers le haut et déborder par le bas les accotements bruns d’une autoroute en flèche linéaire. Parfois d’ailleurs, la proposition est inversée et c’est le ciel qui s’en donne à cœur joie. Il s’agit donc d’une spéculation profonde sur les données immédiates de la conscience perceptive et en même temps de la mise en question du concept d’horizon. La démarche est délibérée et le processus de communication est particulièrement efficace. Les paysages de Marignoli, réduits à leur quintessence structurelle, évoquent en nous la sensation dominante, omniprésente, de verticalité. La réduction volontaire de la gamme chromatique accentue encore l’effet de pesanteur ambiante. Voilà une peinture qui en dit long avec une remarquable sobriété de moyens, tant au niveau des couleurs qu’au niveau des structures. Il n’y a pas de miracle : si la peinture de Marignoli conquiert notre regard de façon aussi décisive, c’est quel l’artiste a su d’emblée voir juste et établir d’instinct une efficace stratégie visuelle, basées sur la rigoureuse complémentarité de deux phénomènes sensibles. La relativité de la ligne d’horizon implique un corollaire le sens d’une totalité verticale de l’espace. Les effets, sur le plan de la communication, sont immédiats. Notre œil est pris d’un vertige intérieur qui stimule les enchaînements et les associations, de fulgurants flashes affectifs, une vague impression de déjà vu ou plutôt de déjà ressenti – comme si cette peinture, agissant en tant que catalyseur de notre laboratoire mental, déclenchait soudain le système d’ouverture des vannes de notre mémoire visuelle. J’ai été particulièrement sensible à ce choc affectif et mental dès mon premier contact avec la peinture de Marignoli. Ces toiles que je découvrais provoquèrent en moi une spectaculaire réaction mnémo-technique en chaîne. J’ai pensé d’un seul coup, et dans le flash du même instant, à trois sensations-souvenirs de localisation spatiale fort diverse, un atterrissage court sur un terrain tropical dans le Pacifique, une remontée d’ascenseur extérieur dans un chantier à New York, les visions-éclairs de tranches de paysages entre deux tunnels sur l’autoroute de la côte ligure. J’ai appris par la suite que Marignoli aurait pu avoir éprouvé ces même impressions in situ, puisqu’il a vécu dans une des îles Hawaï ainsi qu’à New York et que les autoroutes italiennes sont familières à ce fils de l’Ombrie. Mais là n’est pas le problème. Ce qui liait entre eux ces souvenirs, c’était une sensation commune plus forte que les diversités anecdotiques, une impression de verticalité vécue et ressentie comme une totalité physique. Ce test est resté présent à mon esprit et j’ai cherché à analyser les raisons du pouvoir évocateur de ce langage pictural. L’artiste fonde l’efficacité de son langage sur une idée stratégique du regard. Dans l’univers relativiste de Marignoli, l’horizon est un regard regardé. A nous de savoir mesurer l’intérêt qu’il convient de porter à ce brillant exercice d’hygiène conceptuelle de la vision.

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